Amerigo Vespucci & the Big Dipper

Peter Regli

Opening April 16
Exhibition from April 17 to May 30 2010

Curator : Arthur de Pury

text in french only

REALITY HACKING

Les réalisations artistiques de Peter Regli, regroupées sous le label de Reality Hacking (www.realityhacking.com), ont longtemps investi les lieux les plus improbables, la plupart du temps en extérieur et de façon plus ou moins spontanée. Il évitait ainsi soigneusement les lieux d’art et leurs publics avertis, afin sans doute de jouir d’une plus grande liberté dans la distorsion de la perception et des interprétations de la réalité qu’il propose ainsi à un public non préparé. En pratiquant de la sorte depuis 1995 Peter Regli est devenu sa propre institution.

Pourtant, depuis quelques années, Regli agit également dans les musées et centres d’art (MAC, Santiago de Chile, 2006 ; Helmhaus, Zürich, 2007, etc). Si le public change, l’artiste parvient tout de même à conserver un effet de surprise et de subversion en se jouant des règles de l’art.

AMERIGO VESPUCCI & LE BIG DIPPER

Comme on le sait, le prénom du navigateur et explorateur italien Amerigo Vespucci a été attribué aux deux continents américains en 1507 par le géographe Martin Waldseemüller. Cette appellation est en fait une erreur étant donné que Colomb a été le premier européen à fouler le sol du continent sud-américain, qui devrait donc s’appeler Colombie (pour autant bien sûr que l’on ne tienne pas compte des centaines de milliers d’indigènes). Par la suite, beaucoup d’historiens ont même considéré Vespucci comme un usurpateur (un hacker), remettant en doute la réalité historique de ses voyages. Vespucci y est pourtant bien allé, guidé par la grande ours (the Big Dipper), qui lui indiquait le nord, comme à tous les autres navigateurs.

L’installation de Regli au CAN propose en quelque sorte une image figée est décalée du périple de Vespucci. L’artiste porte ici un regard ironique sur la rhétorique des centres d’art qui s’auto-définissent souvent comme des espaces de grande liberté et de prise de risques. Liberté et risques qui semblent en effet bien légers en comparaison de l’air du grand large et des dangers qui entouraient les expéditions maritimes du XVe.

La grande ours pointe le nord, et si Vespucci s’est rendu en Amérique du sud, elle symbolise aussi le magnétisme qu’exerce l’art nord-américain du XXe sur les artistes européens. Ainsi la technique du dripping reprise et détournée par Regli au CAN, constitue une forme d’hommage à (et de piratage de) Jackson Pollock, « star » de l’art étasunien. Pollock avait d’ailleurs réalisé une toile intitulée Reflection of the Big Dipper. On pourrait aussi interpréter cette installation comme une référence aux Spalsh Pieces de Richard Serra, ou encore comme une forme de Land Art d’intérieur.

Enfin, la deuxième signification de l’expression Big Dipper désigne le grand huit, ce manège forain, qui réduit ici ironiquement l’art à un divertissement, même si ce dernier reste vertigineux et qu’il nous mène à la découverte d’un nouveau continent reglien.

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photos: Sully Balmassière