Du Désert et des Oasis

Rebecca Bournigault and Jean-Baptiste Ganne

Opening November 25 2011
Exhibition from November 26 to December 22 2011

Curator: Massimiliano Baldassarri

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Le CAN invite Rebecca Bournigault et Jean-Baptiste Ganne à présenter pour la première fois leur travail dans une exposition commune, ou plus précisément, dans un contexte d’exposition partagé. A cette occasion, ils proposent chacun(e) une installation inédite ainsi qu’un corpus d’œuvres réinterprétées in situ : Les émeutiers, de Rebecca Bournigault, portraits extraits de photographies de presse qu’elle peint ici à même les murs et Les graffitis de Jean-Baptiste Ganne, phrases trouvées sur les murs de la ville, qu’il reproduit en résonance avec le contexte de l’exposition.

Rebecca Bournigault et Jean-Baptiste Ganne s’intéressent tous deux au politique en tant qu’espace intermédiaire, espace de relation qui s’inscrit à la fois dans l’intime et le collectif. Ils en décrivent les zones de troubles, de tensions et mettent en lumière leurs rapports contradictoires au pouvoir coercitif des institutions sociales.

Chez Rebecca Bournigault, le rapport à autrui est au centre du politique. Dans ses vidéos, elle met en place un dispositif pour capter un rapport construit avec l’autre, dans une relation à l’intime et à la représentation. Dans la vidéo Saliva par exemple, elle donne à voir la violence d’un rapport d’altérité entre trois personnages, dont l’un reçoit les crachats des deux autres au visage. Elle évoque ainsi avec puissance des rapports de domination et de soumission et inclut le regardeur dans cette machination.

Jean-Baptiste Ganne entretient lui aussi un lien critique et sentimental au politique. Il définit son rapport à l’art et à l’autre avec une poétique de la distance : « l’art, c’est un espace entre toi et moi, un écran de fumée ». C’est dans cet entre-deux qu’il interroge la représentation du politique et les notions d’altérité et de singularité. Dans son installation El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha, il a fait traduire en morse le célèbre roman de Cervantès. Celui-ci fut ensuite retranscrit en impulsions lumineuses par l’ampoule de son atelier pendant 54 jours (durée de sa lecture intégrale par un ordinateur). L’œuvre se perçoit donc depuis la rue. Elle fonctionne comme un signe d’alerte à la fois anodin et inquiétant. Un point de repère dans la ville qui se dévoile comme un énigmatique message utopique et désespéré adressé à la collectivité.

Nous parlons ici bien du politique, non pas en termes d’engagement ou d’œuvres politisées, mais pour nommer des propositions artistiques qui s’inscrivent symboliquement dans cet espace intermédiaire, lieu de naissance du politique, comme le définit Hannah Arendt : « [...] l’homme est a-politique. La politique prend naissance dans l’espace-qui-est-entre-les hommes, donc dans quelque chose de fondamentalement extérieur-à-l’homme. Il n’existe donc pas une substance véritablement politique. La politique prend naissance dans l’espace intermédiaire et elle se constitue comme relation »

Massimiliano Baldassarri

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photos: Sully Balmassière