The Fourth Wall

collectif_fact

Annelore Schneider & Claude Piguet

Opening September 20 at 18h30
Exhibition from September 21 to October 27 2013

Curators: Arthur de Pury, Marie Villemin,
Martin Widmer, Marie Léa Zwahlen

text in french only

Le collectif_fact, composé d’Annelore Schneider et Claude Piguet, est un duo d’artistes originaires du canton de Neuchâtel. Ils vivent et travaillent actuellement entre Genève et Londres.

Le titre de l’exposition, The Fourth Wall, fait référence au quatrième mur, invisible, du décor de théâtre séparant les acteurs du public. Par extension, ce terme a été utilisé pour désigner l’écran de cinéma. Si ce mur conventionnel assure la vraisemblance et l’unité du récit, le théâtre moderne, comme le cinéma, ont tenté de le briser, par exemple par la mise en scène d’un acteur s’adressant directement au public. Le collectif_fact s’attaque sans doute plus à confondre les effets de vraisemblance en révélant les structures narratives propre au cinéma hollywoodien, comme autant de ficelles qui maintiendraient ce quatrième mur. L’exposition propose un parcours d’une heure durant laquelle le spectateur est invité à suivre cinq vidéos se succédant les unes aux autres, dans les différents espaces du CAN. La mise en espace et les installations qui font office d’écrans s’inspirent des décors des grands studios de production cinématographique. Une sixième vidéo est montrée en boucle, tandis qu’une série de photographies complètent l’exposition.

Longtemps attachés aux images de synthèse et à l’esthétique des jeux vidéo, les artistes se sont depuis rapprochés de l’espace illusionniste du cinéma. Leur travail, essentiellement constitué de vidéos, est confectionné à l’aide de collages, de manipulations de textes et de bandes son empruntées, dans la plupart des cas, à des films hollywoodiens. Ce matériau sonore (souvent des voix-off) est juxtaposé sur des images entièrement tournées par les artistes. L’intérêt central des vidéos du collectif_fact réside dans la relation tendue et problématique entre ce qui est dit et ce qui est montré. Cette disjonction son / image leur permet de révéler les dispositifs narratifs utilisés habituellement par l’industrie cinématographique. Les blockbusters reproduisent inlassablement les mêmes formes, les mêmes trames narratives, les mêmes types de dialogues. Dans A story like no other, le collectif_fact met bout à bout des phrases types utilisées dans des bandes annonces. Ils mettent ainsi en lumière, de façon ironique, les clichés et les répétitions qu’elles contiennent, révélant ainsi la pauvreté de la narration cinématographique contemporaine. Il ne s’agit plus dès lors de poser la question du sens que pourraient encore véhiculer ces mots mais de les reconnaître et ainsi de mettre en lumière les territoires qu’ils occupent. Reprise dans la vidéo intitulée The Course of Things, la voix off d’Hitchcock le professe d’ailleurs elle-même en s’adressant au spectateur : «In case you seem to recognize parts of the story... don’t be alarmed. It’s familiar because it’s a classic of its kind», comme une forme d’affirmation du jeu qui s’est peu à peu instaurée entre notre lucidité et notre désir d’être entraînés, voir trompés par ces images et ces histoires. Toujours attachés au matériau du “familier”, les artistes puisent dans le terreau du cinéma dont on ne saurait négliger la force intrusive dans nos vies et son effet sur notre lecture du monde contemporain.

Pour réaliser The Course of things et The Fixer, le collectif_fact a filmé les visiteurs d’un musée leur insu. Le montage des ces scènes sur une voix-off construit une narration de type cinématographique qui finit par semer le doute sur ce que l’on voit : ces personnes sont-elles des visiteurs ou des acteurs ? Par contre, dans A Story like no other et Ways of Worldmaking, ils font appel à de véritables acteurs pour réciter des textes (re)composés à partir d’une multitude de phrases volées dans des films américains. Dans ces cas, les spectateurs doutent cette fois-ci de la cohérence du récit qu’on leur soumet. Autre déclinaison de ce type de collage-manipulation, Hitchcock presents se passe de présence humaine en proposant une visite de la Maison blanche du Corbusier guidée par la voix de Hitchcock. Cette voix tirée de la bande-annonce du film Psycho collée sur ces vues d’intérieur provoque des effets oscillant entre dramatisation et humour noir. La vidéo Momoshima montre quant à elle déambulation sur une île. Elle est accompagnée d’un récit composé cette fois de classiques de la littérature insulaire. L’île a toujours été symboliquement le lieu des possibles. L’errance et la trajectoire du personnage dans cette géographie intérieure affirme ici particulièrement le pouvoir de l’esprit à développer sa propre narration.

De l’extériorité, de la rue, de l’espace public, de l’urbanité des premiers travaux, le champ d’investigations du collectif_fact s’est déplacé à présent dans des espaces plus intérieurs. Maison d’architecte, musée d’histoire naturelle, complexe culturel, cinéma, ces lieux confinés ont la spécificité de se déployer aussi en tant qu’espaces mentaux. Il semblerait que les artistes, pour mieux investiguer la narration et ses codes, se sont rapprochés de lieux de types culturels et historiques, lieux de langages, d’images, et de projections. Cette intériorité peut également nous mener à la question de l’espace psychanalytique née à peu près au même moment que le cinéma hollywoodien, à laquelle Hitchcock s’intéressa de très près. La cave, le musée, la Maison blanche apparaissent comme des lieux labyrinthiques qui rappellent les méandres de l’esprit. La caméra du collectif_fact y déambule en proposant au spectateur une expérience proche de l’hypnose et du rêve.

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photos: Anton Satus