Gallery Non Gallery

Monika Stalder

Exposition du 11 février au 19 mars 2017

Vernissage le vendredi 10 février 2017 dès 18h30

Une exposition créée pour accueillir des expérimentations sonores:

- Vendredi 10.02 / 21H / Vernissage et Slow Listening avec Dj Hobby
- Vendredi 24.02 / 21H / Live : PRICE
- Samedi 4.03 / 21H / Live : Fredo Ignazio suivi de Sphinktersprinklers / Dj Marie
- Dimanche 12.03 / 15H / Live : Flo Kaufmann
- Samedi 18.03 / 18H / Finissage et Slow Listening : CAN all stars

Pour commencer l’année, le CAN invite Monika Stalder à présenter une exposition personnelle dans ses espaces provisoires. GALLERY NON GALLERY se déroule dans des locaux qui abri- taient anciennement un dépôt de meubles. Par le titre, mais surtout par l’esprit et le concept, la jeune artiste établie à Zurich réagit au caractère fort de ces lieux, qui évoque les espaces typiques que colonisent aujourd’hui les galeries trendy dans ces locaux commerciaux désa ectés. Au CAN en transition, l’artiste propose une exposition ambiguë, entre installation plastique et dispositif sonore, qui déjoue les codes classiques de l’accrochage « galerie ».

Monika Stalder joue constamment avec les limites du domaine strict de l’art plastique, en intégrant des in uences diverses, dont celles de la musique ou plus largement de la fête : deux en- tités qui ne sauraient se départir d’une unité presque organique avec le public et le corps. Ainsi, Monika Stalder choisit de consacrer une partie de l’espace – le sous-sol – à des expérimentations sonores, en y invitant plusieurs artistes musiciens à proposer des performances live (*voir le programme en n de texte). L’artiste, en parallèle à son travail plastique (travail sur papier, ins- tallations, vidéos), s’investit aussi depuis longtemps dans des pratiques musicales diverses (djing, chant, performances) ; l’année passée, Monika Stalder voulait même s’y consacrer plus intensé- ment. Elle décide alors de ne pas chercher de nouvel atelier après avoir du quitter le sien. Le fait de s’en «libérer» littéralement, devait conduire nécessairement à donner plus d’importance aux dimensions performatives, musicales et collaboratives de son travail.

Dans cet esprit transitoire, qui résonne avec le statut provisoire de l’espace du CAN à investir, l’artiste développe de nouveaux moyens. Monika Stalder ne s’était jamais confrontée à la pein- ture sur toile. Pour l’occasion, elle emprunte provisoirement un atelier. Libérée du format papier restreint, elle réalise une série de vastes tableaux, presque monochromes, subissant de subtiles variations géométriques. Pour une artiste qui parle d’ « écouter les œuvres », se mouvoir dans de tels courants minimalistes apparaît naturel. La plupart de ceux-ci veut renvoyer la peinture à ses moyens purs, créer une force par l’épure qui rende plus sensible à la luminance même. Car nalement, faire (et percevoir) de la musique ou de la peinture n’est toujours que question d’onde.

Ces deux pratiques partagent même des propriétés physiques et un vocabulaire similaire. Ainsi, la fréquence vibratoire dé nit autant la couleur d’une onde lumineuse que la hauteur d’un son. Et le passage du spectre visible au spectre sonore se dé nit en terme de réduction (par plusieurs millions de fois de la fréquence d’une vibration) : il existe un espace ténu où voir ou entendre se confondent. D’ailleurs, les titres de ces peintures renvoient tous à une chanson, marquant explicitement la connexion. Et chacun des incalculables travaux sur papier que l’artiste a réalisés jusqu’ici, dans une même veine minimaliste, Monika les revendique aussi sous in uence musi- cale.

Le type de peinture qu’elle utilise dans ces toiles est détourné de son usage premier destiné à la linogravure. Monika Stalder s’intéresse beaucoup aux di érentes méthodes de reproduction, et cela fait sans doute écho à sa pratique sur papier construite sur de nombreux jeux de répétition. En e et, l’artiste explore les variations subtiles par la simple répétition de la même forme, le plus souvent géométrique et minimale. Par di érents formats, matériaux et couleurs utilisées, mais aussi au moment e ectif du trait, elle tente d’in uencer légèrement les di érences, de chercher où se joue le processus de transformation.

La technique de la monotypie, chère à l’artiste, gure formellement cette idée d’une reproduc- tion/répétition qui n’est jamais totale. En e et, le trait est réalisé à l’envers d’une feuille étalée sur une plaque de verre encrée : procédé de reproduction original, même si il est possible de tirer un second tirage en négatif. Mais ce dernier sera toujours à la fois autre et même. Dans ce processus, il n’est pas vraiment possible de contrôler le « bruit » (noise), c’est-à-dire tout ce qui parasite le tracé. Là réside un autre aspect qui justi e l’intérêt de Monika Stalder pour cette technique. Dans le procédé comme dans le rendu, elle cherche toujours la tension limite entre rigueur géométrique et uidité incontrôlable.

Dans son travail émergent toujours des jeux de correspondance et d’écho. Les di érents formats des supports qu’elle choisit correspondent invariablement au rapport du standard A4. Des symé- tries se retrouvent partout, même dans le titre de cette exposition. Aussi, les di érents espaces où elle intervient in uent beaucoup sur les propositions. Au CAN, la création d’un espace destiné aux expérimentations sonores justi e tous les choix plastiques : les peintures géantes littérale- ment coincées entre le sol et le plafond servent à délimiter une anti-chambre musicale, et par- ticipent, avec la moquette et le molleton, à optimiser l’acoustique des lieux. La con guration du sous-sol, qui s’apparente à une cave, pourrait faire penser autant à un night club qu’à un salon de méditation new age. La colonne de néons installée au centre, seule source d’éclairage, contraint le spectateur à composer avec son ombre dans la contemplation de tableaux à la fois œuvres, parois, et corps absorbants.

Monika Stalder invite di érents intervenants, avec une totale carte blanche, à investir cette sin- gulière « cave non cave ». Aux vernissage et nissage de l’exposition, l’artiste propose d’écouter des Slow Listening, une manière de passer ses disques sans pression et sans hâte, nissant le set une fois la boîte de vinyle épuisée. Un mix non mix, qui inclut le silence pendant le changement de disque. Six artistes et musiciens réaliseront des performances live en soirée et après-midi, programmées régulièrement au cours de l’exposition.

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photos: Anton Satus