Date Outsider

05.11 – 22.12.1995

Projet Projet

Outsider

Christian Robert-Tissot

Entre le phylactère médiéval et la bulle de bande dessinée, la pratique picturale n’a eu de cesse, au cours des siècles, de cultiver la dualité entre l’iconique et le scriptural. Encore que, faisant fi de la légendaire méfiance de la peinture classique à propos de l’écriture, nombre d’artistes n’ont pas hésité à multiplier les stratagèmes pour intégrer le signe linguistique à l’espace de la représentation. Le simple jeu de la signature, le traitement de thèmes comme l’Annonciation ou le mémento mori en fournissent autant d’exemples.

Nourrissant un doute croissant sur la valeur de l’image, le vingtième siècle a assisté à l’infiltration- progressive et définitive – de la lettre, du mot et du texte à l’intérieur même du tableau. La diaspora du langage dans l’art. L’apparition de l’art conceptuel marquera un tournant sans appel et brisera toute dualité : le texte n’est plus réduit à un élément du tableau, il le constitue ; il est l’oeuvre. Toute image se voit évacuée au profit de son idée, son concept.

ll appartenait aux artistes d’aujourd’hui, issus d’une génération qui oeuvrait à la crise de la
 représentation et au désenchantement de l’art, de gérer – sous le mode de la parodie et du
simulacre – l’héritage des figures héroïques du word art et autres narrative paintings.

Parmi ces jeunes artistes, Christian Robert-Tissot articule son travail autour de propositions non dénuées d’élégance, d’ironie et de causticité. À ceux qui se plaignent que l’art contemporain est morne, lourd, abstrait, snob et incompréhensible, il propose la distraction. À ceux qui ne voient chez les artistes que fun, légèreté et superficialité, il oppose l’abstraction. Cette mise en boucle de constats antinomiques ne peut évidemment déboucher sur rien d’autre qu’un Cul de sac, une magnifique impasse, immense cimaise sur roulettes ne permettant aucune perspective fuyante et forçant le quidam à tourner en rond. À l’heure de l’écologie du regard, Robert-Tissot impose ainsi à tout sigle un recyclage draconien. Vite fait bien fait, il peut métamorphoser le fameux cercle de Mosset en un logo évoquant l’éternel retour sur soi-même.

À voir ainsi virevolter ce curieux alchimiste, maniant les lieux communs avec une dextérité inquiétante, imposant aux formules de politesses une galante mise à plat, ajoutant une saveur quasi pataphysique aux propos les plus anodins, l’oeil du spectateur plonge dans le vertige d’une mise en abîme. ll ne peut que glisser sur les toiles de Robert-Tissot. Il tente de s’accrocher à des propositions qui lui semblent pourtant familières, mais bute invariablement sur la circularité des réseaux de références mis en place

Marc-Olivier Wahler

Vernissage le 4 novembre 1995
Exposition du 5 novembre au 22 décembre 1995